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DVD Plastic Ono Band
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Bonsoir Paris, les Beatles et la presse française
Bonsoir Paris, les Beatles et la presse française


30 juin - 5 juillet 1966. Six jours dans la vie des Fabs.
Six jours de bruit et de fureur, six jours "ordinaires" d'une existence extraordinaire lorsqu'une heure valait un jour, un jour une semaine, une semaine un mois et un mois toute une vie !
Lucy revient sur cette tournée hors du commun.

Compte-rendu officiel


Voici la traduction du rapport expédié par l'ambassadeur du Royaume-Uni à sa chancellerie (extrait des archives nationales british) quelques jours après le "Beatles Typhoon" qui déferla sur Tokyo fin juin-début juillet 1966.




Ambassade de Grande-Bretagne, Tokyo
15 juillet 1966
Confidentiel

Monsieur,

1 / J'ai l'honneur de vous faire part de la présence des Beatles, M.B.E., à Tokyo, du 29 juin au 3 juillet. 5 jours merveilleux où " L'ambiance Beatles " a saisi la ville.

2 / Le groupe est arrivé à Tokyo à l'aube, immédiatement après un exceptionnel orage tropical et c'était comme si un " typhon Beatles " soulevait toute la jeunesse japonaise. La popularité des quatre jeunes popstars de Liverpool et si grande que l'on dit qu'elle provoque bien de l'envie dans les cabinets ministériels.
Et une bande dessinée à ce sujet décrit le premier ministre Sato coiffé d'une perruque Beatles sollicitant le soutien le la gente féminine. La simple vérité est qu'aucun événement récent en connexion avec le Royaume Uni à l'unique exception de l'exposition britannique de 1965, n'a eu un impact comparable à Tokyo.

3 / Néanmoins, malgré tout le succès qu'a eu cette visite, quelques petits problèmes sont apparus. L'un d'eux avait même une tonalité politique. Selon le contrat, il avait été décidé que les Beatles joueraient leurs cinq performances au Budôkan, qui est la seule salle à Tokyo assez grande pour contenir 10.000 spectateurs. Cet imposant "hall des arts matiaux" fut construit il y a deux ans pour les Jeux Olympiques de Tokyo, et s'est imposé comme la maison des très respectés sports traditionnels japonais, comme le Judo et le Kendo. Le Hall a parfois été utilisé pour des buts moins élevés, mais jamais pour quelque chose d'aussi étranger à l'esprit martial japonais qu'un concert de guitares électriques. Les murmures à ce sujet ont bientôt soulevé une vague d'opposition publique des nationalistes, clamant que le Budokan allait être "désacralisé " et avertissant qu'ils viendraient en force pour le protéger.


4 / Quelque temps avant l'événement, un représentant des agents publicitaires locaux est venu discuter du problème avec moi. Il n'a pas paru surpris quand je lui ai dit qu'il n'était pas question que j'intervienne. Je lui ai expliqué que le problème, tant qu'il concernait le contrat, me semblait être l'apanage des sponsors et du management des Beatles, et qu'ils devaient le traiter entre eux. D'un point de vue politique, c'était purement un problème " domestique " japonais. Je lui ai fait part de mon opinion personnelle, à savoir qu'il n'y avait pas de raison valable pour toute cette agitation, et exprimé ma confiance dans la police, pleinement capable de maintenir l'ordre.

5 / Les principaux soutiens financiers de la visite des Beatles, etaient les journaux du groupe " Yomiuri " dont le propriétaire, M.Matsutaro Shoriki, est un leader Bouddhiste.
Il a, je le comprends, commencé à refroidir à un moment, quand certains membres du gouvernement ont exprimé des craintes. Il y avait une véritable possibilité que tout le projet soit annulé.
Une issue à ce dilemme aurait peut-être été de transférer les shows du Bodôkan vers une arène en plein air, mais c'était difficilement faisable durant la saison pluvieuse, et je crois que les Beatles auraient rejeté cette solution.
Au final, le " Yomiuri " a publié une lettre du Président du comité exécutif du Budôkan, un leader du parti gouvernemental, argumentant sur le fait que la respectabilité des Beatles était au-dessus de tout soupçon, la preuve étant qu'ils avaient été décorés par Sa Majesté la Reine. Par conséquent, il n'y avait aucune raison de leur interdire l'usage de la salle. Cela a mis fin aux protestations, à part pour quelques extrémistes purs et durs.


6 / Le deuxième et plus crucial problème fut la sécurité. A Tokyo, les Beatles devaient être protégés de leurs fans et de leurs ennemis.
On savait que des dizaines de milliers de jeunes enthousiastes allaient converger de tout le Japon vers les " Biitoruzu ".
Plus inquiétant, de fanatiques opposants au groupe avaient menacé de les assassiner. La police avait aussi à accomplir ses tâches basiques de préservation de la loi et de l'ordre public, dans un pays où les foules peuvent rapidement se transformer en groupes de révolte. " L'opération Beatles " montée par la police avait à peu près la même magnitude que le dispositif adopté pour les Jeux Olympiques de 1964. Pas moins de 35.000 policiers étaient mobilisés ou en alerte, à un coût estimé de 30.000 livres.
Tout cela, j'en suis sûr, est retombé sur les contribuables japonais.
Ces précautions de sécurité " mammouthesques " ont été un succès intégral, et à ce que je sais, il n'y a au aucun incident.
J'ai appelé par précaution le chef de la police, avant et après que les Beatles soient partis en toute sécurité, et j'ai par la suite expédié une lettre pour exprimer toute ma gratitude concernant tout ce que la police avait fait.

7 / Malgré de sinistres prévisions, les dispositions concernant le trafic furent telles, qu'aucun possesseur de ticket n'a eu de difficulté à venir et à partir des shows. Pendant les performances à l'intérieur du Budôkan, il y avait les clameurs et l'hystérie que les Beatles provoquent partout où ils passent, et on ne pouvait entendre que très peu, ou pas du tout de musique. Mais pas de trace de désordre.
Il y avait un cordon de police autour de la scène et à toutes les ailes en compagnie de pompiers. Leur fardeau le plus terrible (je pense particulièrement aux policières), fut de réconforter des adolescentes en lames pour qui la présence de John, George, Paul et Ringo était bien au-delà de ce qu'elles pouvaient supporter.


8 / Pour les Beatles eux-mêmes, et pour leurs sponsors, la visite était bien sûr avant tout à objet commercial. Dans cette perspective vitale, le succès apparaît complet.
A peu près la totalité des 50.000 sièges avaient trouvé preneur plusieurs mois plus tôt. Il est inutile de dire que beaucoup ont tracé leur chemin via le marché noir. Les billets étaient vendus à deux prix, l'équivalent de 30 et de 42 shillings, très peu étaient disponibles au tarif le plus bas. Il est difficile d'estimer le bénéfice direct pour la balance des payements britannique, mais j'estime qu'il est de l'ordre de 50.000 livres. Les concerts ont aussi servi à promouvoir les ventes des disques des Beatles (même si seulement, environ 4% de ceux-ci sont importés), et aussi les magazines britanniques comme " Rave " et " The New Musical Express ". De plus, la visite des Beatles a pu donner une nouvelle impulsion à l'intérêt des Japonais dans la mode britannique moderne telle qu'elle apparaît depuis quelque temps. Plusieurs magasins ont proposé des animations " spécial Beatles ". " Carnaby Street " et le look " mod " ont souvent été mentionnés dans les vitrines. La plupart des habits exposés sont fabriqués au Japon, mais il est possible qu'un modeste marché pour les " originaux " soit créé. Des membres de deux grosses entreprises japonaises de textile, Teijin et Tôyô Bôseki, dont l'intérêt porte évidemment sur la production locale, ont été vus en train d'interviewer des adolescents lors des concerts, avec comme objectif de découvrir leurs réaction à propos du look " mod ".

9 / D'après la police, qui émerge maintenant comme l'autorité japonaise principale en matière de beatlmania, ce Boom Beatles va se poursuivre. Tant de fans ont été déçus que les concerts soient si courts, et par leur incapacité à approcher leurs idoles, qu'il existe un profond sentiment de frustration. La visite n'est par conséquent pas vue comme le sommet du " boom ", mais comme une étape de son développement.

10 / Il n'y a eu que deux plaintes locales à propos de la visite des Beatles. La première est qu'il y avait beaucoup trop de policiers rassemblés. Il est certain que les fans ont été ridiculement tenus à l'écart, et les malchanceux Beatles eux-mêmes n'ont pas eu la moindre chance de visiter Tokyo. L'un dans l'autre, toutefois, je suis sûr que les autorités ont fait preuve de sagesse en ne prenant aucun risque. Le résultat de ces précautions sécuritaires est qu'il n'y a pas eu de trouble public, et les Beatles, je suis heureux de le dire, n'ont pas un seul instant été en danger physique au Japon.


11 / La deuxième plainte, que j'ai déjà évoquée, fut que ces shows de 30 minutes, sans rappels, ont été bien trop brefs. Les Beatles furent sur scène pour exactement une demi-heure à chaque performance, à la suite d'environ une heure de " pop musique " jouée par différents groupes japonais. D'un point de vue financer, cela ne semble pas valoir, en l'occurrence, une soirée entière de récital d'Arthur Rubinstein, que l'on pouvait entendre la semaine dernière à Tokyo pour le même prix. Mais cela ne pourrait être qu'une partie du complot de Beatles jouant à se faire rares (" hard to get ")

12 / Il est inutile de dire que la descente des Beatles à Tokyo a reçu une très large couverture dans la presse locale. Il y avait des unes, des articles, des photos dans des publications allant de quotidiens sérieux et de journaux musicaux à des quotidiens sportifs et aux magazines hebdomadaires. Au total, la presse prit une attitude amusée et légèrement cynique, mais il y avait un fort courant d'admiration pour les Beatles et leur réussite. Le journal communiste " Akahata " a publié un article bien à lui, décrivant le quartet comme un outil de l'impérialisme américain, et il y a eu quelques allusions contre eux, en tant que manifestation de la décadence britannique. Mais, malgré quelques difficultés de traduction, tous les quatre ont fait une honorable impression lors de leur conférence de presse initiale, et la plupart des commentateurs les ont pris pour ce qu'ils sont évidemment : des jeunes musiciens agréables, talentueux et vifs d'esprit.


13 / Malheureusement, nous n'avons pas eu, à l'ambassade, la chance de divertir les Beatles, mais c'est seulement parce qu'ils se sont sentis incapables d'accepter notre invitation. Leur manager a eu du mal à m'expliquer dans une correspondance que nous avons eue avant leur arrivée, qu'ils avaient décidé, après une expérience à Washington, de ne plus aller dans aucune fête d'ambassade, et une fois qu'ils furent ici, les mesures de sécurité drastiques les rendirent prisonniers de leurs suites d'hôtel.

14 / d'un autre côté, la visite des Beatles nous a permis à ma femme et à moi, d'exprimer notre bonne volonté à différents japonais haut placés et à des personnalités étrangères, qui étaient venus nous voir dans l'unique espoir d'obtenir des tickets, pour eux ou leurs proches. Ainsi, lors de la première soirée des Beatles au Budôkan, il y avait parmi nos invités le vice-ministre des affaires étrangères et sa fille, les deux fils du directeur du bureau des affaires européennes et océaniques, les enfants de quatre ambassadeurs, et la petite fille de l'ancien premier ministre nippon Shigeru Yoshida, le grand patriarche japonais.

15 / J'apprends que nos prochains visiteurs très importants seront les Rolling Stones.

16 / J'envoie une copie de ce rapport à H.M. le consul général, Osaka.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus haut respect, Sir, votre dévoué serviteur.


Source : http://www.thesmokinggun.com/archive/beatles1.shtml





Sources :
The Beatles Anthology - Coffret DVD
The Beatles Anthology - Le livre
Rédaction : Billy Shears
Illustrations : Geeloo, Coyote, Krystel
© lucy in the web - Juin 2003


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